Viva el Chile, mierda! [Désirée et Alain Frappier "là où se termine la Terre" ]

Publié le par la liseuse paresseuse

là où se termine la terreAlors là... Un chef d'oeuvre! Quelle merveille : beauté du trait, finesse des dessins, richesse du récit, tout y est, ce n'est pas une BD c'est un roman graphique de très très grande qualité. Un roman graphique qui nous emmène, grâce à Désirée et Alain Frappier "là où se termine la terre". 

Le sous-titre "Chili 1948-1970" donne une idée du thème. Les auteurs se sont attachés à l'histoire de Pedro, d'abord enfant puis jeune homme dans un Chili en pleine mutation et en pleine ébullition. C'est l'histoire de sa famille, une famille d'intellectuels de gauche, avec un père écrivain, mais aussi l'histoire du Chili de cette époque : un pays traversé par une profonde crise sociale, avec des inégalités criantes, mais aussi des mouvements culturels et sociaux très intenses. 

Les dessins sont en noir et blanc, et très expressifs, d'une grande beauté. L'histoire est patiemment expliquée, détaillée. La grande et la petite se télescopent.

L'histoire de Pedro c'est celle du Chili, c'est aussi celle de toute l'Amérique Latine de l'après-guerre : des pays secoués par des crises, avec des mouvements sociaux importants, qui seront la plupart du temps écrasés par des dictatures militaires et sanguinaires soutenues largement par les Etats Unis. 

C'est l'histoire d'un idéal, celui d'une société plus juste, un idéal un peu utopique, qui sera écrasé sous les bottes de la junte.

L'ensemble est fluide, doux comme une madeleine de Proust et violent comme une manifestation... C'est captivant, on est happés par le rythme du récit, par tout ce qu'on apprend sur ce beau pays méconnu. C'est touchant et enrichissant. Ca donne aussi une précieuse lecture géopolitique de la région sur cette époque. 

Le rythme s'accélère à la fin : on croit finir sur l'élection de Salvador Allende, en 1970, après des années de lutte et de campagnes acharnées. L'espoir de toute une population, Mais les toutes dernières pages, sur fond noir, abordent rapidement mais avec efficacité et cruauté l'après... L'après 11 septembre (décidément cette date...) 1973 et le coup d'état militaire de Pinochet. Les destins de quelques-uns des protagonistes de l'histoire sont alors présentés en une ligne, et c'est glaçant. 

On referme ce livre avec un frisson, et une grande admiration pour un si beau travail littéraire et graphique.

La chanson qui va bien avec : "Gracias a la vida" de Violeta Parra, une artiste citée dans l'album. 

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